Caisse Epargne – Analyse

A. GUYON, E. BOUDOT, A. ABAZIOU

Introduction

Notre analyse porte sur l’hôtel de la caisse d’épargne de Toulon ; construit en 1969, par les architectes Henry, David, Chapon et Beauregard, il fait preuve d’excellence dans sa qualité, et son traitement plastique. C’est un symbole de la modernité des années 60-70 à Toulon, en alliant les aspects pratiques, techniques et esthétiques pour former un ensemble cohérent qui répond aux besoins des clients et des employés.

Nous verrons comment, à une commande ambitieuse, les architectes ont répondu par un programme clairement défini dans l’espace, puis nous expliquerons l’originalité et la pertinence de la tour. Enfin nous décortiquerons le hall, espace monumental techniquement très élaboré qui met en valeur le rôle central du guichet. Chaque chapitre, à partir des impératifs du site et de la commande, nous amènera vers le parti des architectes

Sommaire

I. Une commande ambitieuse, une composition des masses en lien avec le programme
  1. Commande et programme
  2. A l’angle de la place
  3. Avant projet et son évolution
  4. Tour dominant l’ensemble
  5. Entrée dans l’angle, le hall
  6. Sous-sols
  7. Le rapport au contexte
  8. Le Nouvel Hôtel de la Caisse d’Epargne de Toulon comprend donc
II. La tour de plateaux originale et pertinente
  1. le concept fort de tour durant les trente glorieuses
  2. Le cas de la caisse d’épargne
  3. Plateaux brise soleil
  4. Effet de pile
  5. Etalonnage des fonctions
III. Hall spacieux et généreux : L’interface entre la banque et ses clients
  1. Guichet
  2. Les « voûtes » inversées
  3. Le Rapport au Soleil détermine la forme des piliers
  4. Façades vitrées
  5. Conclusion
IV. Références et bibliographie
V. Modélisation
  1. Composition masses
  2. Structure de la tour – Empilement, Qualité des espaces : Hall & Guichet
  3. Rapport au Soleil

I. Une commande ambitieuse, une composition des masses en lien avec le programme

1. Commande et programme

En 1962, la caisse d’épargne de Toulon alors logée dans un bâtiment prestigieux du XIX° siècle, envisage un déménagement dans des locaux neufs et informatisés La Caisse d’épargne achète alors l’école privée des Maristes, rue Peiresc, en centre ville, occupant 2500m² environ, afin de pouvoir construire son nouveau siège social. La parcelle comporte des bâtiments scolaires le long des rues Peiresc et Gimelli, une cour centrale et une chapelle côté place et rue Dumont Durville.

L’école démolie, un concours est lancé pour la construction du nouvel hôtel. Quatre équipes seront retenues dont celle de Henry – David – Chapon, qui s’adjoignent de Jean Beauregard à l’époque jeune diplômé. C’est leur projet qui sera lauréat. Le président Labrosse, commanditaire du projet octroie un budget non limité. Pour lui rien n’est trop beau: il faut un bâtiment moderne et prestigieux. De ce fait, il n’y a pas de contrainte de budget, laissant la possibilité aux architectes de construire avec ce qui se faisait de mieux. Ils ont donc choisit des matériaux de luxe. La décoration est très riche et se retrouve jusque dans les moindres détails : Sculptures en métal, en bois, en plexiglas, panneaux en terre cuite, tapisseries, escaliers, luminaires et éclairages, filtres solaires, plafonds, portes et poignées de portes, mobilier (Eero Saarinen) bornes de climatisation, fixations des façades vitrées, ce soucis de qualité et d’excellence se retrouve dans chaque détail. Des jardins intérieurs et extérieurs ont également trouvé leur place dans la composition. Ainsi, la commande induit un bâtiment moderne, technique et artistique, presque mondain. Il est question de donner un esprit de monumentalité à cet édifice. Ce dernier est le central de la banque et doit se démarquer des autres bâtis pour démontrer sa supériorité. C’est un manifeste de la prospérité et de l’ambition de l’écureuil.

2 – A l’angle de la place

L’hôtel de la caisse d’Epargne se situe dans l’axe de la diagonale sud-est/nordouest de la Place de la Liberté à Toulon, rue Peiresc. L’accès principal de la caisse d’épargne se fait donc depuis la place, par l’angle du bâtiment. Cette place majeure du centre-ville est en fait un square entouré d’immeubles du XIXème siècle dans un quartier orthogonal. On trouve à l’époque, à proximité de la Place de la Liberté, un grand nombre de bâtiments importants : La sous-préfecture (la préfecture est alors à Draguignan), la chambre de commerce, le mess des officiers (bâtiment bas R+1 entouré d’un jardin), le grand cinéma Gaumont et le théâtre. C’est donc dans une situation urbaine privilégiée que va s’installer le nouvel hôtel central de la caisse d’épargne.

3 – Avant projet et son évolution

Le 1er projet accepté lors du concours, était différent du bâtiment réalisé en 1969. En effet les architectes prévoyaient une barre de logements s’étendant le long de la rue jusqu’au mur mitoyen avec la Banque de France. Cette disposition, après six mois de tractations, fût refusée par cette dernière : par mesure de sécurité il ne devait pas y avoir possibilité d’accéder à la cour donnant sur les coffres. Dans le projet réalisé, la masse principale est un bâtiment bas sur pilotis avec un plan en U, délimitant un patio intérieur qui résout le problème de mitoyenneté avec la Banque de France. Ce bâtiment regroupe les fonctions courantes de la banque.

4 – Tour dominant l’ensemble

Dans l’impossibilité de bâtir une barre, il fût décidé d’ériger une « tour » de 9 niveaux pouvant accueillir le nouvel ordinateur, quelques bureaux et deux logements de fonction par étage, avec une terrasse au dernier niveau. Chaque étage a une superficie globale de 170 m² (suivant une forme carrée de 13 m de côté), le plan est libre et reste différent d’un niveau à l’autre. La tour vient s’inscrire dans le creux du U et domine donc le patio de toute sa hauteur, de plus elle se situe en retrait des rues. Elle se démarque donc clairement de l’organisation linéaire du quartier. Les fonctions relatives à l’administration se retrouvent dans la tour et à son aplomb.

5 – Entrée dans l’angle, le hall

De part son implantation face au coin de la place, l’entrée se retrouve naturellement dans l’angle du bâtiment. L’interface entre le public et les services occupant le corps de bâtiment en U, c’est-à-dire le guichet, est couverte par un hall d’accueil spacieux (800m²) constituant donc la 3ème masse du nouvel hôtel de la caisse d’épargne. L’entrée du hall, dans l’axe diagonal de la place, en fait le lieu privilégié de la relation avec le contexte environnant. Ainsi aux 3 fonctions principales (Services bancaires courants, Administration centrale de la caisse d’épargne du Var, Accueil du public), on peut associer 3 éléments distincts : Le corps de bâtiment en U, la tour et le hall.

6 – Sous-sols

Les sous-sols reprennent l’empattement de l’ensemble du bâti sur deux étages souterrains. Ils sont occupés par deux parkings ayant pour vocation de désengorger le stationnement alentour qui est saturé,ainsi que de permettre un stationnement aux clients et aux employés. Ils rassemblent également certaines fonctions techniques du bâtiment.

Le premier sous-sol est réservé au personnel. IL comprend de ce fait une entrée du personnel avec des vestiaires et des sanitaires ainsi que la salle des coffres dont le seul accès se fait depuis le hall. On trouve au second sous-sol des locaux techniques de surveillance et d’entretient de l’infrastructure, la chaufferie, climatisation, compresseurs, transformateur. Il y a également deux puits à fonds perdus, ainsi que la salle des archives. Les sous-sols sont structurés par une trame de 8m et un système poteaux-poutres que l’on retrouve à tous les niveaux du bâtiment qui est fractionné sur toute sa hauteur par des joints de dilatation.

7 – Le rapport au contexte

L’insertion de l’édifice dans le contexte urbain est traitée en contraste:

  • La tour est plus haute que les immeubles environnants.
  • Le corps de bâtiment en U est en retrait sur l’alignement derrière un étroit jardinet, il est plus bas que les autres immeubles.
  • Le vocabulaire architectural n’est bien sûr pas celui de la façade haussmannienne toulonnaise.

Cependant, ce contraste n’est pas déstructeur de l’unité cohérente du quartier. En effet, il s’assume comme tel et certaines particularités atténuent la rupture pour valoriser le nouvel hôtel de la caisse d’épargne:

  • L’implantation dans l’angle amène facilement vers l’événement architectural.
  • Le séquencement horizontal de la tour brise l’effet massif et écrasant que sa hauteur pourrait provoquer.
  • Le traitement des rez-de-chaussée ouverts sur les rues par delà un jardinet, notamment concernant le hall, facilite le lien avec le sol et le rapport direct à la rue.
  • Enfin, le vocabulaire architectural est servi par la qualité des matériaux mis en oeuvre.
8 – Le Nouvel Hôtel de la Caisse d’Epargne de Toulon comprend
  • Au 2e sous-sol: 54 places de parking pour le public
  • Au 1er sous-sol: Parking pour le personnel, Entrée du personnel avec vestiaires et sanitaires, Locaux techniques (chauffage, climatisation, compresseurs, transformateur). Une salle pour 9000 coffres.
  • Au Rez-de-chaussée : Hall du public et bureaux correspondants (caissier principal, épargne scolaire, bureaux des succursales), Cafétéria, locaux pour le personnel (cantine, salle de jeux, salle de lecture).
  • Au 1er étage: Bureaux de direction et leur secrétariat, Salle du Conseil d’Administration, Salle de conférence (et de projection) de 204 places, Salle de réception. Sur ces bâtiments, qui occupent une grande partie de la surface du terrain, s’élève une tour de 9 niveaux :
  • 1er niveau: Etage technique, Climatisation
  • 2e niveau: Etage informatique : Ordinateur électronique NCR
  • 3e et 4ème niveaux: Bureaux
  • 5e, 6e, 7e et 8e niveaux: Logements de fonction
  • 9e niveau: Bar – Terrasse.

 

 

II La tour de plateaux originale et pertinente

1 – le concept fort de tour durant les trente glorieuses

La Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’architecture moderne: les nécessités de la reconstruction ont créé une demande considérable dans les pays dévastés, tandis que les États-Unis, dont le territoire avait été épargné, voyaient leur hégémonie culturelle s’affirmer au détriment de l’Europe. Avec la montée en puissance des nazis, Walter Gropius, Mies Van der Rohe et d’autres leaders de l’école du Bauhaus ont migré aux Etats-Unis, d’où ils vont largement dynamiser le style International dans l’architecture Américaine et mondiale. Les architectes de la période de croissance des années 1950 à 1970 se sont donc tournés vers le style international pour dessiner des immeubles de bureaux tels que la Lever House à New York (1952), par Gordon Bunshaft. C’est pendant cette période de reconstruction que l’industrialisation va se développer au profit de l’utilisation de matériaux comme le verre et le métal qu’il est désormais possible de travailler ensemble. On prendra pour exemple la Maison Farnsworth de Franck Loyd Wright des années 50 qui annonce déjà le mouvement de la façade rideau en verre. Dès lors, le mouvement international moderne se tourne résolument vers la construction de grandes tours verticales dont la façade sera traitée à la manière d’un mur rideau de verre. Les tours ressembleront à des briques de verre avec parfois des membrures verticales pour souligner cette direction. En contraste, la base de ces tours était traitée de manière plus aérienne, souvent en retrait de la façade qui la surplombe. Ce principe avait pour but de mettre en valeur la verticalité des tours, leur prestige, mais aussi le hall d’entrée. Mies van der Rohe va notamment illustrer ce mouvement avec les exemples du Lake Shore Drive construit en 1948 et du Seagram Building (allié de Peter Jonshon) réalisé en 1958. Ce mouvement international va directement influer sur l’architecture française des années 60 à 70.

2 – le cas de la caisse d’épargne

On pourrait penser au premier abord que le bâtiment de la caisse d’épargne ne correspond pas au concept de la tour d’époque. En effet, le bâtiment est une tour de neufs étages, avec une base massive, et un hall d’entrée monumental. La tour elle même ne correspond pas à la norme de l’époque car elle est aérienne, scandée en étages, ce qui fait ressortir ses horizontales. De plus, elle comporte visuellement plus de vide que de verre. La base de la tour ne se contente pas ici d’accueillir un hall d’entrée mais elle comprend des bureaux alors que ce qui constitue le hall d’entrée est décentré, comme agrafé au bâtiment. Bien que le Hall comporte beaucoup de façade vitrée, sa taille monumentale le met en décalage par rapport au concept d’époque. En fait, ce parti pris est directement issu de la recherche d’une réponse à un réel besoin de protection solaire, d’ une synthèse harmonieuse entre la destination du bâtiment et le confort de l’occupant, mais également d’une recherche fonctionnelle. On retrouve là un dispositif plus européen avec une tour émérgeant d’un ensemble de masses proche du sol.

3 – Plateaux brise soleil

Les neufs étages de la tour sont traités de manière à former un système d’empilement de plateaux. Des poteaux se répartissent régulièrement sur la surface des étages alors que les murs de la cage d’escalier forment un noyau de contreventement excentré. Les étages composant la tour se superposent parfaitement. Chaque plateau se prolonge par une terrasse périphérique, mettant ainsi la façade en retrait. Elle reste donc dans l’ombre en été tout en conservant la lumière d’hiver. Cependant les architectes ont adjoint ces terrasses d’une protection solaire supplémentaire : du Parsol trempé (verre fumé violet) monté en rive de plancher comme au siège de l’UNESCO à Paris. Cette protection supplémentaire renforce celle apportée par les planchers. De ce fait, la façade de la tour est bien protégée de la lumière directe. La coloration du verre, le retrait de la façade et la régularité des balcons donnent réellement l’impression, lorsqu’on observe la tour, de voir un empilement de plateaux vitrifiés mystérieusement superposés

4 – Effet de pile

Les plateaux se détachent clairement les uns des autres du fait qu’on ne les visualise réellement que par la plaque de verre violet qui en fait le tour, les baies et poteaux restant dans l’ombre. On ne voit pas les points porteurs en béton depuis le sol. On a donc l’impression d’avoir à faire à des strates très indépendantes les unes des autres. De plus, les plateaux sont identiques et parfaitement alignés, ce qui renforce l’idée d’un empilement. Comme s’ils étaient la prolifération des copies d’une même matrice. On peut y voir une similitude avec la forme d’une pagode. Une grande treille de même surface vient couronner cet empilement peut-être pour signifier qu’on aurait pu le poursuivre, mais permet également une différenciation du dernier étage par sa fonction, c’est celui qui offre la vue sur la ville et ses alentours, celui qui est dédié aux réceptions de prestige (Bar, Terrasse). L’apparence extérieure de la tour est donc dominée par l’horizontale (sauf dans l’angle occupé par la circulation verticale, celui-ci n’étant pas visible de la place), de ce fait, sa masse n’écrase pas visuellement les éléments qu’elle domine et notamment le hall.

5 – Etalonnage des fonctions

La tour est décomposée en étages sur lesquels viennent s’organiser des fonctions. Ainsi, on retrouve un étage technique, un étage uniquement dédié à l’informatique : Ordinateur électronique NCR, deux étages de bureaux, quatre étages d’appartements de fonction et un dernier étage de réception. Ces étages sont desservis par un ascenseur et un escalier implantés dans l’angle de la tour, seule exception dans la régularité extérieure des balcons que son volume vient interrompre. Un système de rails dessert tous les étages, de manière à permettre un transfert rapide et moderne des documents. Ce système automatisé se retrouve au niveau du guichet.

III. Hall spacieux et généreux : L’interface entre la banque et ses clients

Le hall (~ 800 m²) est très ouvert, entièrement vitré sur 3 faces (par 8m de haut), avec un plafond original en voûtes inversées. Une impression forte de spatialité ressort de sa composition, de fait de sa superficie et de la hauteur sous plafond, l’espace libre y est monumental. On y trouvait (en 1969) le guichet, qui s’étendait sur presque toute la longueur (40m),des tables et des fauteuils dignes d’une réception d’hôtel, et le nécessaire pour accueillir le public, y compris plusieurs bornes de chauffage et climatisation. Le hall fait office de véritable vitrine de la caisse d’épargne nouvelle, il symbolise clairement la grandeur et la modernité de cette banque.

1 – Guichet

« Je me souviens, lorsque j’étais à l’école [d’Architecture], un exercice consistait à créer un bureau de poste. Le professeur a dit une chose qui m’a marqué : « Un bureau de poste, c’est avant toutes choses : un guichet ». Il en est de même pour une banque ». J.BEAUREGARD

Le guichet est un élément fondamental, il est l’interface directe entre les épargnants et leur banque. Cette fonction ressort dans sa forme de comptoir très long qui met en scène les échanges (d’argent) plus qu’une simple ouverture ponctuelle dans un mur. Ce guichet oriente tout l’espace du hall. En plus de ce guichet, on retrouve au niveau du jardin intérieur, un guichet automobile, probablement une des choses les plus avant-gardistes de la caisse d’épargne de Toulon, qui résout nombre de problèmes d’un point de vue pratique : le client n’a plus besoin de chercher à se garer, il arrive dans son automobile, s’engage dans la cour intérieure du bâtiment, s’arrête devant le guichet, puis quitte les lieux. On est là dans une idée s’inscrivant bien dans cette époque d’essor économique symbolisé par l’automobile. Mais ce dispositif fut rapidement abandonné, à cause d’un probable manque d’efficacité.

2 – Les « voûtes » inversées :

Elles sont inspirées de la piscine olympique de Tokyo qui venait de se construire (1964). La question était de savoir comment faire un tel plafond sur 40m de long et 20m de large. Le Bureau d’études ne sachant pas comment faire tenir des voûtes inversées, les architectes ont donc opté pour de grandes poutres sur lesquelles viendraient se fixer 2 séries de berceaux : un caisson courbe raidi par ses faces latérales. Ce caisson à aussi permis de suspendre les façades vitrées; sa double peau participe de l’isolation thermique.

3 – Le Rapport au Soleil détermine la forme des piliers :

A l’instar de la tour, le hall fait l’objet d’une attention particulière quant à son exposition au soleil. Tandis que cette dernière est protégée par des balcons en guise de brise-soleil et en y ajoutant sur le pourtour des filtres solaires en Parsol trempé et qu’au niveau de la salle de conférence, on trouve de grands brise-soleil verticaux orientables (stores), en aluminium, au niveau du hall la solution est apportée par des piliers « coniques » répondant à une double problématique en alliant pratique, technique et esthétique : Il fallait porter le plafond en voûtes inversées du hall et apporter une protection solaire sans fermer l’espace vitré. En découlent les piliers tels qu’ils sont aujourd’hui permettant d’avoir une façade rythmée, fermée en haut et très ouverte en bas. L’inclinaison des rayons lumineux d’été leur empêche d’atteindre trop profondément l’espace du hall. Comme on l’a vu, la forme des piliers découle à la fois des voûtes inversées du plafond et du souci de protection solaire du hall tout en conservant un espace ouvert. Ils sont en béton armé (armature en fer courbée, béton coffré) et étaient recouverts de Marbre de Carrare. Par la suite, les parements de marbre se sont décrochés des piliers, ce qui a valu un procès en garantie décennale aux architectes. Aujourd’hui les piliers sont simplement peints. Les piliers coniques apparaissent comme une prolongation des voûtes, pliées perpendiculairement; et, même si géométriquement, un tel pliage est impossible, on peut y voir un «parapluie» couvrant le guichet.

4 – Façades vitrées :

La paroi vitrée principale mesure près de 40m de long sur 8m de haut. Elle est « auto-stable » de par sa forme triangulée, comme pliée. Elle est suspendue dans le caisson voûté du plafond à l’aide d’un système de mâchoires qui serrent les pans de verre trempé qui la constituent, eux-mêmes maintenus entre eux par un système de plaques en aluminium anodisé vissées, et séparés par des joints de dilation en silicone (de 1 cm environ). On a là la technique du verre extérieur agrafé. Les autres grandes baies vitrées du bâtiment sont suspendues aux plafonds et constituées à l’image de cette façade. Pour les contreventer, on retrouve des éléments de verre perpendiculaires au plan de la baie vitrée, voire des attaches ancrées dans les piliers.

 

 

Conclusion

L’hôtel de la caisse d’épargne est donc, à Toulon, un exemple d’une modernité originale où quelques «gadgets» ne suffisent pas à effacer un parti clair et une excellence artistique au service d’un équipement efficace. Les espaces sont monumentaux, à l’image du hall, et sont distingués par leur fonction et leur séparation géographique. Aujourd’hui TPM (la communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée) à racheté le bâtiment actuellement dégradé dans le but d’en faire son siège. De plus un concours de réhabilitation et de réaménagement va être lancé très prochainement. Le bâtiment actuel est donc voué à être radicalement transformé. Il est déjà question de construire des bureaux à la place du patio intérieur. Nous avons eu une entrevue avec l’un des architectes de ce projet : Jean Beauregard. Une phrase nous a notamment marqué : « Nous, architectes, étions connus pendant la période du projet. A peine 3 ans plus tard, nous étions considérés comme des étrangers ». Il est effectif que les changements qui vont être apportés ne respectent pas l’esprit dans lequel a été conçu le nouvel hôtel de la Caisse d’Epargne. On ne se soucie plus du travail effectué en amont, à ce jour personne n’a contacté les architectes générateurs du projet. L’architecte n’a plus son mot à dire, il n’a aucune autorité concernant le devenir de son projet

Références et bibliographie

Pour mener cette analyse, nous avons utilisé des photos d’époque issues d’un document personnel de ainsi que des vues perspectives réalisées à l’époque par J.G.Mattio. Nous avons également pu avoir un entretien fructueux avec Jean Beauregard. Nous nous sommes procuré les plans de l’état actuel et bien sûr nous avons pu visiter les lieux grâce à l’autorisation de TPM (Toulon-Provence-Méditerrannée). Les photos de tours des années 70 proviennent du site internet GreatBuildings.com L’ouvrage « Le style international, La modernité dans l’architecture de 1925 à 1965 » écrit par Hasan-Uddin Kahn et paru en 2001 aux éditions Taschen de Cologne, a fourni des références concernant l’architecture des années 70.

 

 

 

Modélisation

1. Composition masses

Une première animation montre l’imbrication des masses composant le bâtiment dans son site et son insertion en contraste avec le contexte. Celle-ci décomposera les lignes de force du projet. Ainsi apparaît dans un premier temps la tour dans sa plus simple expression. Vient ensuite s’encastrer à sa base, le volume des bureaux délimitant par la même occasion la cour intérieure. Puis le hall vient se greffer subtilement à l’ensemble. Enfin cette courte animation, qui se veut des plus didactiques, se termine sur une transition vers le modèle abouti et détaillé de la Caisse d’Epargne pour bien souligner la correspondance des différents volumes avec les diverses parties du bâtiment.

2. Structure de la tour – Empilement, Qualité des espaces : Hall & Guichet

Cette modélisation met en exergue en premier lieu la structure poteaux-poutres de la Caisse d’Epargne qui se bâtit sous nos yeux, étage par étage. Puis elle nous permet de comprendre la manière dont est élaboré le plafond du hall en berceaux inversés reposant sur les piliers coniques, pour enfin finir sur la pose des vitrages et autres protections solaires. Une fois la construction du bâtiment achevée, la caméra tourne autour de celui-ci pour pouvoir l’apprécier sous tous les angles et vient au niveau de la vue d’un individu pour visiter le hall, apprécier la qualité d’espace qui s’en dégage et constater sa prestance avec le mobilier Eero Saarinen, son long guichet, ses immenses vitrages avec les piliers coniques prolongeant le plafond en voûtes inversées et son escalier (hébergeant une sculpture de Jean-Gérard Mattio) permettant l’accès à la coursive en mezzanine audessus du hall.

3. Rapport au Soleil

Nous nous sommes penchés sur différents points de la protection solaire car cet aspect apparaît tant au niveau de la tour de plateaux que dans le hall avec ses piliers. Au niveau de la tour, nous avons fait trois courses du soleil, la première ne fait apparaître ni balcon ni protection solaire, la deuxième fait apparaître les balcons uniquement et la troisième fait apparaître les balcons et le Parsol. De cette manière il est facile d’apprécier la protection solaire offerte par ce système, et ce en observant l’ombre projetée au sol qui ne viens plus chauffer le vitrage. Sur un deuxième point, nous avons expliqué le pourquoi de la forme des piliers du hall en réalisant trois images du hall avec aucun pilier, puis des piliers habituels droits et enfin les piliers coniques en place actuellement. De cette manière l’ombre que projettent les piliers coniques est tout à fait appréciable.

 

 

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